Alors que la campagne va prendre prochainement un nouveau tour, avec la
candidature quasi annoncée du Président Sarkozy, les associations et organisations de lutte contre les discriminations n'ont pas attendu pour s'organiser et mettre en oeuvre des démarches
novatrices pour mettre les candidats face à leurs responsabilités et connaître leurs propositions pour lutter contre les discriminations.
Bien que ce sujet ne soit clairement pas une priorité - crise oblige - de
nombreuses personnalités proposent des démarches pour connaître les propositions des différents candidats déclarés sur ce thème.
Or, quelque soit le terme que l'on utilise - discrimination, laïcité,
diversité, parité, mixité, égalité des chances - sont autant de termes qui évoque une valeur républicaine fondamentale : l'Egalité.
Dans ce contexte présidentiel, je vous propose donc de vous présenter
différentes actions pour mobiliser les citoyens et les candidats à la plus haute fonction des actions et des acteurs qui se mobilisent pour faire de la lutte contre les discriminations
(appelons-le ainsi) un des thèmes de campagne.
1/ La caravane de la
laïcité
Je ne commencerai par parler de discrimination mais de laïcité car la question
religieuse interroge tout autant le principe d'égalité.
Le collectif Pacte Civique a lancé une action intitulée La
caravance de la laïcité. Plusieurs conférences sont organisés dans différentes villes de France pour évoquer le sujet avec les citoyens. Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux et
animatrice de ces conférences, présente ainsi les objectifs : "Pour faire de l’unité avec de la diversité, pour qu’aucune différence ne
devienne une frontière entre les citoyens, pour que l’unité ne rime plus avec l’élimination des différences, sortons de l’affectif et revenons à l’idéal philosophique traduit dans notre système
juridique laïque qui se situe ″au-dessus″ des convictions personnelles, d’abord pour les protéger, ensuite pour permettre leur coexistence, et enfin pour les dépasser par des règles
communes".
Les conférences de la Caravane de la laïcité
Lille – vendredi 16 mars, en soirée – salle des Congrès de la
MEP
Strasbourg – vendredi 30 mars, en soirée
Nantes – mardi 3 avril, en soirée – salle de la Manufacture des
Tabacs
Bordeaux – date à venir
Pour en savoir plus :
sites internet : Le Pacte Civique
Dounia Bouzar
2/ Le pacte
Cette démarche a été initiée par Louis-Georges Tin - Directeur actuel du CRAN
(Conseil Réprésentatif des Associations Noires) et créateur de la journée IDAHO (Journée Mondiale de Lutte contre l'Homophobie) - dans le cadre du Think Tank République et
Diversité dont il est fondateur. L'originalité du Pacte est de rassembler plus organisations qui oeuvrent dans le champ de la lutte contre les discriminations en considérant qu'il faut
avoir une vision globale. Voici donc une présentation de cette démarche :
Le Pacte pour l'égalité et la diversité constitue une première. Pour la première fois dans un contexte lié aux élections présidentielles, des associations d'horizons divers travaillent ensemble pour lutter contre
les discriminations. Traditionnellement, lors des campagnes en vue des présidentielles, chacun travaille de son côté, en défendant ses propres objectifs, de manière isolée. Le Pacte pour
l'égalité et la diversité permet de faire que tout le monde défende tout le monde, en créant une dynamique de solidarité. Les partenaires présentent ensemble leur revendications, les soutiennent
ensemble, il sera donc beaucoup plus difficile au futur président ou à la future présidente de ne pas tenir compte de l'ensemble de la plate-forme !
Si l'on compte tous les publics évoqués par le Pacte, femmes, jeunes,
personnes âgées, handicapées, homosexuels, noirs, arabes, asiatiques, juifs, personnes vivant dans les quartiers défavorisés, etc. cela fait plus de 80% de la population française. Par
ailleurs, ceux qui ne sont pas dans ces 80% ont été jeunes un jour, sont appelés à vieillir, et sont donc exposés à la discrimination à ce double titre. Bref,100% des Français sont exposés à la discrimination. Dès lors, quel Français pourrait se désintéresser du Pacte ? Et surtout, quel candidat pourrait se
permettre de négliger 100% de son électorat ?
Pour lutter contre les discriminations liées à l'âge, aux origines, au
handicap, au sexe, à l'orientation sexuelle, plus de 150 propositions ont été rassemblées. Des propositions spécifiques, mais aussi des propositions transversales, car il y a de nombreux points
communs entre les discriminations. Les propositions du Pacte pour l'égalité et la diversité portent sur l'international, le droit, la cohésion sociale, la culture et l'éducation, la santé. Pour une
France plus forte, pour une France plus solidaire !
Pour en savoir plus :
site internet : Le
Pacte
Présentation du projet dans le journal Libération
Interview de Louis-Georges Tin dans Libération
3/ SOS Homophobie : 12 questions pour 2012
La légitimité de SOS homophobie n'est plus à démontrer. Elle s'est
construite en soutenant les victimes d'homophobie depuis bientôt 18 ans, en publiant le Rapport annuel sur l'homophobie (seul document de référence sur l'évolution de l'homophobie en France) ou
encore en menant des actions de prévention dans les écoles et les entreprises.
C'est forte de cette légitimité que l'association s'engage dans la campagne présidentielle 2012.
SOS homophobie a décidé d'interpeler officiellement lundi 13 février l'ensemble des candidats en leur soumettant un
questionnaire pour connaître leurs positions sur douze sujets de préoccupation quotidienne des personnes LGBT, en matière d'égalité des droits et de lutte contre les discriminations.
SOS homophobie a sollicité une rencontre avec chacun d'entre eux pour recueillir leurs réponses.
"L'enjeu n'est pas uniquement que les candidates à l'élection présidentielle se prononcent pour ou contre l'ouverture du
mariage aux couples de même sexe, explique l'association. La lutte contre les discriminations et pour l'égalité touche tous les aspects de la vie courante".
Concrètement, SOS homophobie pose douze questions pour 2012 qui se veulent autant de propositions "pour lutter efficacement
contre l'homophobie et la transphobie".
"Leur coût financier est volontairement faible voire nul afin que les candidat-e-s aient la latitude nécessaire pour y
répondre favorablement ou non, en dehors de toute considération budgétaire", précise l'association qui promet une série d'actions publiques, chaque semaine jusqu'au premier tour de l'élection
présidentielle, mettant en valeur chacune de ses revendications.
La première a lieu mardi 14 février, jour de la Saint-Valentin, sur le parvis de l'Hôtel de ville de Paris : des couples de
femmes et des couples d'hommes se passeront symboliquement la bague au doigt, pour rappeler que le mariage reste fermé aux couples de même sexe.
Les réponsesaux douze questions seront rendues publiques lors d'une conférence de presse fin mars, avant le premier tour de
l'élection présidentielle.
> Les 12 questions de SOS homophobie
1. Légaliserez-vous le droit au mariage dans sa forme actuelle pour les couples de même sexe
?
2. Instaurerez-vous l'égalité des droits dans l'accès à la parentalité pour toutes et tous
?
3. Ajouterez-vous l'identité de genre aux critères de discrimination reconnus par la loi
?
4. Porterez-vous le délai de prescriptions pour les injures dans le cadre privé à 12 mois
?
5. Inclurez-vous explicitement l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les motifs
ouvrant droit au statut de réfugié-e ?
6. Donnerez-vous les moyens à un organisme public de lutter efficacement contre l'homophobie et
la transphobie sur Internet ?
7. Ouvrirez-vous le don du sang aux homosexuels ?
8. Mettrez-vous en place un plan national de prévention spécifique sur la santé sexuelle des lesbiennes ?
9. Inclurez-vous dans les programmes scolaires la sensibilisation à la diversité des relations
amoureuses et à la question du genre, et ce dès l'école primaire ?
10. Formerez-vous vous le personnel de l'Aide Sociale à l'Enfance pour qu’il détecte l'homophobie
et la transphobie dont peuvent être victimes les adolescent-e-s dans leur famille ?
11. Demanderez-vous officiellement aux entreprises de mettre en place des formations de lutte
contre les discriminations dont sont victimes les personnes LGBT au travail ?
12. Inscrirez-vous dans la formation initiale des agent-e-s de la fonction publique un module de
sensibilisation à l'homophobie et à la transphobie ?
4/ Fédération de la Maison des Potes
Nos 10 propositions
Régularisons les travailleurs sans papiers.
Parce les travailleurs sans-papiers participent pleinement à l’économie française en payant des impôts, en cotisant,
en développant des secteurs comme le BTP et la restauration et en consommant ; parce que les travailleurs sans-papiers participent aussi pleinement à l’économie de leur pays d’origine,
en envoyant de l’argent à leur famille et en étant partie prenante de chantiers de co-développement ; pour garantir l’égalité des droits des travailleurs, nous
revendiquons : la régularisation des travailleurs sans-papiers.
Ouvrons les emplois fermés.
En 1991, l'Europe fait admettre à la France qu'il n est pas nécessaire d 'être français pour être infirmier,
enseignant ou facteur. 19 ans plus tard, prés de 6 millions d'emplois ont été ouvert uniquement aux européens. Suite à ce constat, il est nécessaire que l'État Français fasse preuve de
maturité afin d'ouvrir ces emplois à des travailleurs compétents sans conditions de nationalité. Si l'État légitime une discrimination à l'embauche à l'égard des travailleurs immigrés,
pourquoi s'étonner qu'il existe encore des entreprises qui la pratique. C'est pourquoi nous revendiquons l'ouverture des emplois fermés.
Brisons la loi du ghetto.
Bon nombre d’organismes HLM procèdent à un fichage ethnique pour regrouper les locataires en fonction de leur
origine . De toute évidence, ce communautarisme forcé exclus, ghettoïse, stigmatise et va à l'encontre du « Vivre Ensemble ». Pour un accès égalitaire au
logement social nous revendiquons :l'anonimysation des demandes de logement social.
Pauvre ou riche même droits face à la Justice.
Parce qu’il est moins aisé de faire valoir ses droits lorsqu’on a un faible revenu ; parce qu’en tant que
victime ou accusé la France doit garantir à tous un jugement égalitaire ; parce que l’aide juridictionnelle est aujourd’hui de 45€/heure, ce qui ne permet à ses bénéficiaires de pouvoir
jouir d’une défense de qualité, nous revendiquons : de doubler l’indemnité horaire perçue par l’avocat à 90€/heure et le relèvement du plafond.
Assurons la sécurité et l'émancipation des femmes victimes de violences.
Nombre de femmes sont victimes de violence au sein de leur lieu de vie (violences conjugales, mariages forcés,
exploitation…). Il est nécessaire de les accueillir dans des conditions de sécurité, de confort et d’écoute, pour cela nous revendiquons : la création de foyers des
hébergements d'urgence dans toutes communes ou agglomérations de plus de 30 000 habitants.
Défendons le droit à la formation en lycée pro grâce aux entreprises citoyennes.
Le taux de chômage dans les quartiers avoisinent aujourd’hui 40%. Il existe un lien entre le taux de chômage d’un
quartier et le niveau de formation de ses habitants. Tout doit être mis en œuvre par la réussite de ceux qui ce sont engagés dans des filières type BEP, CAP et BAC pro. Pour qu'ils puissent
trouver des stages qualifiants, nous revendiquons: le déploiement national de la plateforme SOS Stage visant à mettre en contact des lycéens avec des responsables d’entreprises
de manière anonyme.Nous réclamons également : une incitation fiscale pour encourager les entreprises à accueillir ces stagiaires et le conditionnement au droit de
vote en chambre de métier pour en avoir accueilli.
Assez d'éducation au rabais.
Pour garantir au plus tôt l’égalité de traitement en France, nous revendiquons : 30% de professeurs en
plus dans les ZEP.
Contrairement aux idées reçues, les établissements en zones d éducation prioritaire coute 30% moins cher à l État que
ceux des beaux quartiers et autres centres villes. Leurs enseignants sont majoritairement débutant, donc moins payés qu'un prof expérimenté.
Assurons une Éducation Populaire efficace et pereine.
Pour garantir le financement des associations d’éducation populaire qui agissent dans les quartiers et leur permettre
de mener à bien leur projet en toute indépendance, nous réclamons la création d’un fonds pour le développement de la vie associative et de l’éducation populaire géré
paritairement. Pour alimenter ce fonds, nous réclamons 10% des taxes perçues par l'État par le PMU et le LOTO. De plus, nous demandons la création d'un Ministère de l'Éducation Populaire avec
100 000 emplois de fonctionnaires détachés aux associations et collectivités locales des quartiers populaires.
Sauvons la laïcité par le savoir.
Malmené, mal connu, galvodé, le principe de laïcité est pourtant la base essentielle du principe républicain de notre
société. Pour conserver la transmission du fondement de la tolérance, de l'acceptation des différence en cette France plurielle, du respect de toutes les croyances et religions, du refus de
l'intégrisme et de la solidarité entre les peuples, nous revendiquons l'enseignement de la laïcité à l'école.
Des productions audiovisuelle pour Tous et par Tous.
Parce qu’au regard du temps d’antenne en fonction des catégories socioprofessionnelles, les cadres qui représentent
14% de la population ont 66% du temps d’antenne contre 9% pour les 18% d’ouvriers ; parce que les médias ne sont pas représentatifs de la France d’aujourd’hui ; pour que la
République Métissée soit mise en valeur, nous revendiquons : que 10% de la redevance TV soir transférée dans un fonds à gestion paritaire pour financer des productions
audiovisuelles issues des quartiers populaires.
NDLA : cet article sera amené à évoluer au fur et à mesure que de nouvelles
démarches seront portées à ma connaissance, que je ne manquerai pas de vous diffuser.